Par Zyad Bentahar
Les évènements qui se sont déroulés à Ceuta (enclave espagnole au Maroc), où près de 60 000 migrants ont voulu rejoindre l’Europe suite à une rumeur comme quoi les migrants rejoignant l’Espagne par la mer ne seraient pas expulsés, ont été perçus comme un nouvel épisode dans la crise d’accueil des migrants que connaît l’Europe depuis les années 2010. Bien que cet épisode ne soit pas le premier concernant les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilia, il montre que la politique européenne d’accueil des migrants n’est pas à la hauteur des enjeux et a été un terreau pour l’extrême droite partout en Europe. Même si les deux villes espagnoles ne sont pas les seuls espoirs de sortie de ces personnes vers l’Europe puisque Nador et Tanger sont aussi des sorties possibles. Il faut d’ailleurs rappeler que Ceuta et Melilia bénéficient d’un régime dérogatoire à Schengen puisque des contrôles sont présents aux frontières de ces bouts de territoires. Avant de parler de ce nouvel épisode, il faut parler des causes qui expliquent ces mouvements migratoires : la situation sociale au Maroc est très tendue. Beaucoup de jeunes n’ont pas d’emploi (ce qui explique pourquoi on a trouvé beaucoup de jeunes qui ont tenté leur chance dans les vidéos que l’on voit un peu partout) ; le coût de la vie est élevé ; les services publics sont de plus en plus détériorés et la précarité explose, ce qui explique pourquoi beaucoup de Marocains ont envie de partir coûte que coûte vers l’Europe, qu’ils ne voient d’ailleurs pas forcément comme un Eldorado mais comme source vers un avenir meilleur que celui qui est offert par le Maroc. Derrière les polémiques lancés d’un bout à l’autre de l’Europe, il ne faut pas perdre de vue qu’il s’agit d’humains et que près d’une centaine d’entre elles et eux ont perdu la vie durant cet épisode.
Les fautes sont partagées dans cet épisode. Tout d’abord l’Union européenne a sa part de responsabilité puisque son manque de solidarité a été frappant, et ce alors qu’on nous rabâche année après année cette même fameuse « solidarité européenne » quand il s’agit d’augmenter les dépenses liées à l’armement. Cette part de responsabilité se démontre aussi dans la conception de sa politique d’accueil des migrants. On en a eu la preuve en 2015 en voyant l’afflux massif de réfugiés syriens à travers l’Europe centrale pour aller vers l’Allemagne et quand certains pays européens (Hongrie notamment) ont préféré fermer les frontières en y envoyant des soldats pour empêcher les réfugiés d’entrer dans leurs pays pour des prétextes racistes. On en a également la preuve cette année quand on voit les réponses des gouvernements italiens, danois et finlandais face à ces tragiques évènements : il faut suspendre l’Espagne de l’espace Schengen. Comme dit plus tôt, l’Espagne est, de par la position géographique de ses deux enclaves, dans une situation particulière par rapport aux autres pays puisqu’elle est confrontée directement à cette question contrairement aux autres pays européens. Face à ce manque de solidarité de la part de ses partenaires européens, elle a envoyé l’armée de terre dans les rues de Ceuta pour soutenir la police sur place. L’attitude des autorités européennes a été ignoble puisque Bruxelles ne connaît que la répression des flux migratoires comme langage, y compris dans la collaboration avec des pays voisins. La responsabilité de l’Union européenne va même plus loin puisqu’elle signe des accords avec des pays voisins (Maroc, Tunisie, Turquie…) pour que ces pays gardent les migrants le plus longtemps contre de l’argent, sachant que les migrants peuvent être à un moment donné un moyen de pression utilisé par ces pays voisins contre l’Union européenne ou des pays membres s’ils n’obtiennent pas de faveurs politiques. Le Maroc n’est cependant pas en reste dans l’affaire pour de multiples raisons. La première c’est l’attitude des autorités marocaines dans cette histoire puisque, soit par passivité soit par complicité, elle a laissé passer près de 60 000 personnes qui allaient vers l’enclave espagnole alors que d’habitude elle les arrêtent bien avant. Elles sont aussi responsables puisque, selon les associations de droits de l’homme marocaines présentes sur place, elles ont réprimé toutes les personnes à Fnideq (à la frontière avec Ceuta), avec la police espagnole, qui sont revenues de Ceuta. Les autorités marocaines sont aussi responsables par les politiques antisociales, autoritaires menées au Maroc depuis des années, qui ont conduit inévitablement à ces flux migratoires que l’on observe depuis des années. Quelques mois après la mobilisation de la jeunesse marocaine à l’automne dernier, l’envie de quitter le pays pour un avenir meilleur n’a toujours pas quitté l’esprit de ces milliers de jeunes Marocains, et même s’ils ont tous été refoulés à la frontière (48000 à l’heure actuelle), il est fort probable qu’ils retentent leurchance par d’autres grandes villes portuaires (Nador, Tanger ou bien Melilia). Il faut rappeler que lorsque les gens du Sud quittent leurs pays, c’est très souvent parce que la situation sociale ne leur permet pas de rester chez eux et qu’ils ont espoir qu’ailleurs c’est mieux.
Face à ces évènements, et à cette crise de l’accueil des migrants en Europe qui n’a que trop duré, des solutions se dessinent. Ces solutions s’inscrivent dans un projet de rupture avec la ligne colonialiste, impérialiste et capitaliste de l’Union européenne, qui a abouti à l’institution d’une « Europe forteresse », et qui permet l’utilisation de personnes prêtes à risquer leur vie pour un avenir meilleur comme d’un moyen de pression sur des adversaires étatiques. Ces solutions consacrent les personnes qui migrent dans un projet humain puisqu’au fond il s’agit uniquement de cela. Ces solutions sont dans le programme de La France i⅝nsoumise et sont le fruit d’un travail avec des associations qui militent pour les droits humains. Tout d’abord il faut une refonte totale de la politique migratoire européenne, pour aller vers une politique plus humaine et qui prend en compte les aspirations des gens. Alors que plusieurs dizaines de milliers d’entre eux sont morts sur les différentes routes migratoires, il est temps de favoriser leur venue et leur intégration dans les pays membres de l’Union européenne, et régulariser tout les travailleurs sans-papier qui viennent en France, comme l’ont en partie fait l’Italie de Giorgia Meloni et l’Espagne de Pedro Sanchez (500 000 travailleurs sans-papiers ont été régularisés dans chacun des pays). Cette refonte totale de la politique migratoire européenne doit s’accompagner d’un nouvel espace Schengen, qui doit prendre en compte le fait que la libre circulation des personnes ne doit pas s’arrêter à la nationalité.Ensuite il faut revoir tous les accords de coopération avec les pays méditerranéens puis avec les pays africains afin que les richesses puissent profiter tout d’abord aux populations et non pas à des entreprises privées locales ou étrangères. De même, il faut revenir sur les accords passés entre l’Union européenne et ses pays voisins « argent contre rétention de migrants » puisque les migrants ne doivent pas être des moyens de pression politique pour se venger ou faire du chantage. Face à ces terribles images de ces jeunes gamins en larmes qui appellent leurs familles parce qu’ils ont passéla frontière, il faut redonner une réponse humaine à cette question. Enfin il faut abolir Frontex (et plus largement en finir avec la politique militarisée et répressive de l’union européenne pour les migrants) et la remplacer par un corps européen civil de secours et de sauvetage en mer pour éviter des milliers de naufragés en mer.